LE REGARD D'AUTRUI

« Se regarder scrupuleusement soi-même, ne regarder que discrètement les autres » nous enseigne Confucius.

Mais il y a comme un léger problème : les autres ne lisent pas Confucius et ne nous regardent pas du tout discrètement, mais plutôt sans scrupules et sous toutes les coutures ! Quand ils nous regardent …
Car avant le geste, avant la parole, il y a le regard. Un regard qui souvent en dit long …

 

En entreprise, nous sommes constamment sous le regard des autres : le candidat au cours de l’entretien de recrutement, le salarié lors de son évaluation, le manager qui présente à ses équipes les objectifs de l’exercice, le dirigeant qui fait face à ses actionnaires durant le board trimestriel.
Que nous dit le regard d’autrui, qui semble toujours là lorsqu’on veut le fuir et définitivement absent lorsqu’on veut le croiser ?

 


1/ On n’échappe pas au regard d’autrui


Il nous faut traverser le regard d’autrui, le traverser comme on traverse une route, une forêt, un océan …
Bien sûr on peut penser de pas avoir besoin de recourir aux autres pour être soi et se construire. A la manière de Descartes, je peux douter de tout, mais pas de douter que je doute ! Le sujet que nous sommes est celui qui se fait en prenant conscience qu’il est le socle le plus stable à partir de laquelle il peut bâtir une connaissance claire et nette du monde et de lui-même.
Mais ce moi ne peut éviter de croiser d’autres moi-s, plus exactement, cette conscience qui se regarde exister va croiser d’autres consciences, qui vont la regarder exister. C’est ce que Sartre nous dit lorsqu’il parle d’autrui, « un moi qui n’est pas moi », une autre liberté que la mienne.
Rencontre d’un autre moi qui nous regarde et qui nous rend objet du monde. Intrusion du regard d’autrui, qui est là alors que je n’ai rien demandé ! Mais pas moyen d’y échapper.


2/ Evaluation ou apprentissage ?


Le regard d’autrui semble d’abord celui du jugement et de l’évaluation : je suis évalué comme citoyen, comme conjoint, comme parent, comme manager par mes équipes, comme dirigeant par mes actionnaires. Le regard d’autrui c’est l’examen permanent … et donc les limites de ma liberté.
En même temps, comment savoir si je suis bon citoyen, bon conjoint, bon parent, bon manager, bon dirigeant sans le regard des autres ? Autrui est celui qui m’en apprend le plus sur moi !
C’est donc dans ce regard extérieur à moi que je trouve à la fois des limites à ma liberté (je ne peux pas faire n’importe quoi), et une invitation à me connaître et à me perfectionner.
Traversée pour la connaissance de soi : il n’y a pas d’apprentissage sans évaluation !

3/ Reconnaissance et indifférence

Mais au fond du regard d’autrui et bien avant le jugement réside une donnée plus fondamentale. Car il n’est pas d’existence sans quelqu’un qui vous regarde : le premier regard des parents sur leur enfant le fait littéralement venir à l’existence une deuxième fois.
Et c’est bien cela que nous cherchons d’abord dans le regard des autres : qu’ils nous regardent vraiment, non plus pour nous connaître, mais pour nous reconnaître.
Il y a davantage de violence dans l’absence de regard que dans un regard qui juge. Etre regardé c’est être accepté, ne pas ou ne plus être regardé c’est être comme gommé du monde.
C’est ainsi qu’avant de fuir le regard des autres, nous le recherchons avec espoir.

Ainsi nous n’échappons pas au regard d’autrui, qu’il nous traverser. Traversée pour la connaissance et la reconnaissance, aux périls du jugement et de la perte de liberté, de l’indifférence et de la non existence.
Et il nous faut ainsi apprendre à rendre son regard à autrui, c’est-à-dire à lui montrer notre liberté, notre envie de perfectionnement, notre besoin d’être au monde.

 

0
0
0
s2smodern

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'entrer toutes les informations requises, indiquées par un astérisque (*). Le code HTML n'est pas autorisé.