Syncope de la pensée

Et si nous décidions de penser pour mieux être ?!

Cela fait des années que je ne cesse d’observer des personnes, des managers qui ont de plus en plus de mal à penser par eux-mêmes ; à penser des choses, des plus simples aux plus complexes. Et pour cause ?
Cela leur est de moins en moins demandé ; a contrario, ils doivent appliquer, mettre en œuvre, faire, défaire, etc.

A quand remonte la dernière fois où votre N+1 vous a demandé « et toi, qu’en penses-tu vraiment ? » Et qu’a-t-il/elle fait de votre pensée ?

Le savoir recherche la vérité, alors que la pensée recherche le sens

Beaucoup de choses qui nous entourent aujourd’hui sont faites pour nous « faciliter » la vie. Dans l’absolu, c’est intéressant, mais à force d’être passif en pensée, comment pouvons-nous nous assurer que cette faculté, dont nous disposons tous et qui nous distingue du règne animal, est encore mobilisable ?

N’entendez-vous pas de temps en temps quelqu’un à qui vous posez une question complexe, vous répondre « tu me prends la tête ».
Alors, avons-nous délégué notre droit à penser ? A qui ? Pour quoi ?

Notre société moderne nous a conduit à exercer le savoir plutôt que la pensée. C’est pour cela que nous sommes davantage formés à acquérir du savoir qu’à exercer la pensée, et ce, dès l’école. Nous n’allons pas à l’école pour apprendre à penser, mais pour acquérir des connaissances, des savoirs. Et lorsque nous en sortons et que nous entrons dans « la vie active », il ne nous est pas demandé de penser notre fonction, mais de savoir l’exercer.

Et petit à petit, le Savoir remplace la Pensée ; nous devenons (ou pas) des « Sachants », des « Savants ». Le savoir recherche la vérité, alors que la pensée recherche le sens.

Exemple : la fiche de poste
Lorsque l’on nous présente une fiche de poste, il s’agit d’une vérité descriptive que l’on nous demande de savoir faire, donc d’appliquer. Tandis que penser un poste, consiste à identifier le sens de sa fonction décrite. D’abord pour soi, et ensuite au sein de l’entreprise.
Penser, c’est passer de l’application à la signification. Et si nous allons encore un peu plus loin et que nous prenons les process, qui existent dans toutes les entreprises, ceux-ci ne sont pas faits pour que nous pensions, mais plutôt pour que nous appliquions. C’est le début de la délégation de penser…

Les premières questions que nous pouvons donc nous poser dans un environnement professionnel donné, sont :

  • quel est le sens de ce que je fais en entreprise ?
  • que se passe-t-il grâce à mon rôle dans l’entreprise ?
  • à quoi et à qui cela sert ?

Et c’est ainsi que peu à peu, nous sombrons dans une forme de syncope de la pensée.

Et pour aller un peu plus loin, lorsque nous exprimons une idée, un fait, l’exprimons-nous avec nos propres termes compréhensibles par tous ? Ou l’exprimons-nous à partir d’un jargon propre à l’entreprise, qui a une signification limitée (le sens, toujours le sens).

Ne nous est-il jamais arrivé de participer à une réunion à laquelle la majorité du vocabulaire utilisé nous échappe complètement ?
Beaucoup d’intervenants maîtrisent leur langage, mais il demeure pour nous technique, abscons car rempli d’acronymes. Dans ces moments là, nous pouvons avoir la certitude que le savoir technique a remplacé la pensée. Et c’est ainsi que peu à peu, nous sombrons dans une forme de syncope de la pensée.

Et les conséquences d’une syncope de la pensée sont souvent matérialisées par de l’anxiété et du stress. Normal, puisqu’il nous est demandé de faire des choses, sans vérifier et encore moins penser leur sens. Une partie du mal-être grandissant au travail s’explique par le fait qu’il nous est empêché de mobiliser une faculté vitale de notre être : la pensée.

Combien de managers, de dirigeants, vous demandent de penser votre fonction ?

C’est formidable de penser, c’est vital même

Penser, c’est avoir une activité interne, une conscience en éveil. Alors forcément vient cette question : quelle est votre activité intérieure ? L’exercez-vous régulièrement ?

Etre un excellent sachant ne garantit pas d’une bonne faculté à penser. De plus, penser nécessite du silence, puisque c’est un dialogue d’abord avec soi-même. Or, nous vivons aujourd’hui dans un monde rempli de bruits, d’actions, de frénésie. Et comme la nature a horreur du vide, le vide angoisse, alors nous le remplissons. Mais de quoi ?
Quand pouvons-nous ainsi penser si le mouvement ne s’arrête jamais ?

La pensée est une formidable faculté qui nous aide à trouver du sens ; une faculté que nous pouvons tous mobiliser pour notre propre bien d’abord. Cette pensée nous permet d’être critique sur ce qui nous arrive, de ne pas tout gober passivement tout ce qui nous est demandé d’ingurgiter sans se questionner.
Pourquoi confier à autrui une chose que nous sommes largement capables de réaliser seul.e ?

C’est formidable de penser, c’est vital même, alors Soyez et Pensez les yeux ouverts et l’esprit libre !

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